samedi 23 juin 2007

Quel est le positionnement politique du Parti Anarchiste Révolutionnaire ?

Le Parti Anarchiste Révolutionnaire n’a aucun positionnement politique. Notre projet politique défend des thèses de Gauche comme de Droite.

Le Parti Anarchiste Révolutionnaire ne peut être classé au Centre. Le Centre est ultra étatiste et pro Union européenne.

Nous nous opposons à l’Union européenne qui est en réalité un super Etat doté de supers pouvoirs. Nous rejetons l’étatisme.

Le Parti Anarchiste Révolutionnaire ne peut être classé à l’extrême droite. L’extrême droite défend l’immigration zéro et la préférence nationale. Son programme s’inspire de principes religieux (interdiction de l’avortement, condamnation de l’homosexualité…)

Nous défendons toutes les libertés : liberté sexuelle, liberté d’expression, liberté d’immigration, liberté de consommation des drogues de manière encadrée, liberté d’avorter. Nous défendons également l’égalité des droits et des devoirs entre tous les individus. La religion ne doit pas intervenir dans la vie publique ou politique, elle doit se cantonner à la sphère privée.

Le Parti Anarchiste Révolutionnaire ne peut être classé à l’extrême gauche. Le projet de l’extrême gauche est de créer un super Etat avec des millions de fonctionnaires au service de ce super Etat. Dans une telle société tout appartient à l’Etat : emploi, logement…

Nous défendons la propriété privée, le libre-échange, une diminution drastique de la fiscalité. Nous nous opposons aux politiques étatistes de redistribution, à un Etat qui s’attribue le monopole de la violence légale, le droit de voler et de s’approprier l’individu.

De manière très objective, le Parti Anarchiste Révolutionnaire ne peut être positionné dans l’hémicycle d’une Assemblée Nationale qu’il souhaite voir disparaître au profit des chambres du peuple.
Nous défendons par dessus tout la liberté, nous respectons toutes celles et ceux qui nous positionnent politiquement, mais nous revendiquons n’appartenir à aucune famille politique.

mercredi 20 juin 2007

A tous nos détracteurs

Le Parti Anarchiste Révolutionnaire s’étonne de l’intolérance de certains blogs à son égard. Il est étonnant de voir que le seul parti politique qui défend un programme anarchiste soit l’objet d’autant de critiques, de menaces. Tous ces blogueurs semblent préférer concentrer leurs attaques contre un parti qui s’est crée depuis trois mois plutôt que de critiquer objectivement la politique mise en œuvre par le gouvernement Fillon (TVA sociale notamment). Que dire du sitcom politico sentimentale produit et vendu aux médias par le PS (le couple Royal – Hollande) ? Pas un mot là-dessus non plu. Les socialistes ont dévoilé leur vrai visage. L’égocentrisme, la défense d’intérêts personnels, la trahison et l’immoralité. La rue Solferino serait-elle devenue Sodome et Gomorrhe ? La prostitution avec la droite (Elus de gauche qui se rallient un à un à l’UMP), montre bien que le PS et l’UMP sont un seul et même parti politique, avec un François Bayrou qui forme avec ses anciens amis du nouveau centre le milieu de ce monobloc. Ce super parti défend un unique programme : ruiner le peuple et l’asservir, ce qu’il fait à merveille depuis quarante ans. Le Parti Anarchiste Révolutionnaire n’a aucune leçon d’anarchisme à recevoir de qui que ce soit. Pas de leçon à recevoir d’une extrême droite antisémite qui fréquente Dieudonné et qui veut laisser l’Iran s’armer de la bombe atomique ou encore créer un super Etat catholique en France. Pas de leçon à recevoir de l’extrême gauche et d’un PC qui n’œuvre que pour une seule chose : obtenir un poste de ministre dans le gouvernement à sa secrétaire nationale, quelque soit le gouvernement et la politique menée par celui-ci. Alors vraiment, non, aucune leçon à recevoir de tous ces blogueurs encartés dans des partis politiques qui depuis quarante ans soutiennent le système, un système qu’ils critiquent mais qu’ils font fonctionner.

samedi 2 juin 2007

Qu'est-ce que l'anarchisme ?

L'anarchisme vise à l'abolition immédiate de l'État, mais il est impossible d'en donner une définition plus précise, tant les expressions de ce courant de pensée sont diverses. Le mot grec anarkhia désigne « l'absence de chef, la situation d'un peuple sans chef ». Il faut donc distinguer l'anarchisme du chaos: d'une part, l'absence de chef n'est pas l'absence de pouvoir, et les anarchistes affirment que l'absence de chef est la condition du pouvoir de chacun, de sa liberté d'agir; d'autre part, certains courants défendent l'idée que l'absence d'autorité, qui seule réalise l'harmonie sans contrainte, est en réalité la plus haute expression de l'ordre social. Il convient donc de différencier les mots « anarchisme » et « anarchie » lorsque ce dernier équivaut à « désordre, confusion, chaos », et si certains courants anarchistes se revendiquent de l'anarchie plutôt que de l'anarchisme – dans lequel ils voient une fixation idéologique qu'ils refusent –, c'est avec le sens d'« absence de chef » et non celui de « chaos ».
Si le terme d'« anarchiste » apparaît sous l'Ancien Régime avec un sens négatif – Babeuf traite Louis XVI et La Fayette d'anarchistes –, sens qu'il conserve sous la Révolution – Jacques Roux est accusé de vouloir créer l'anarchie –, sa première utilisation avec un sens positif est sans doute due à Proudhon en 1840; exposant la forme de gouvernement qu'il souhaite, il répond qu'il est « républicain anarchiste ». Cependant, ceux que l'on appellera plus tard les anarchistes se réclament alors du « collectivisme » par opposition au communisme autoritaire incarné par Marx. Ce n'est qu'en 1877 qu'« anarchisme » est employé avec le sens qu'on lui connaît aujourd'hui, par James Guillaume dans le Bulletin de la Fédération jurassienne .
Les idées libertaires
On trouve dans le passé nombre d'auteurs qui prônent l'anti-étatisme, la désobéissance, la rébellion, la propriété collective ou l'absence de propriété. Ces idées, parfois transformées ou interprétées, furent reprises notamment du stoïcisme de Zénon, de la philosophie de Rabelais (« faictz ce que vouldras », selon la règle de l'abbaye de Thélème), de l'athéisme de Diderot… On peut considérer que le premier livre libertaire est dû à William Godwin (1756-1836), qui publia en Grande-Bretagne, en février 1793, son Analyse sur la justice politique et son influence sur la vertu en général et le bonheur . Dès cette ébauche, la doctrine libertaire révèle sa forte dimension éthique, porteuse d'idéaux abstraits, tels que la possibilité pour chacun d'agir en conformité avec la raison et de consommer selon ses besoins. D'où la grande diversité de ses applications politiques, qui vont du plus extrême radicalisme à la non-violence d'inspiration chrétienne de Léon Tolstoï.
La condamnation de l'autorité politique et religieuse
Qu'elle soit religieuse ou politique, l'autorité est condamnée en tant que source de répression et d'arbitraire. Selon la conception anarchiste, ces deux formes de pouvoir ne visent qu'à assurer la puissance économique de quelques privilégiés, l'origine divine de la première étant contestée autant que la fonction sociale de la seconde. Cependant, si la quasi-totalité des anarchistes sont opposés à la religion, tous ne sont pas athées, et leurs convictions antireligieuses procèdent d'abord de leur opposition irréductible à toute forme de hiérarchie. Pour que s'instaure l'égalité sociale, condition de la liberté de penser et d'agir des individus, tous les pouvoirs politiques doivent être démantelés. Il s'agit là d'une composante essentielle de la théorie, pour laquelle la liberté individuelle représente la valeur suprême. Les partis politiques se trouvent donc inévitablement frappés d'illégitimité, notamment du fait que leurs membres sont tenus de se soumettre aux choix des instances supérieures. Même si les militants l'acceptent, c'est une atteinte à l'autonomie individuelle, à laquelle seule la forme associative peut permettre d'échapper.
L'abolition immédiate de l'État
L'abolition de l'État est un objectif que revendique l'ensemble des courants communistes, mais ce qui oppose radicalement marxistes et anarchistes, c'est que les premiers envisagent un « dépérissement » de l'État, alors que les seconds prônent son abolition immédiate, en partant de l'hypothèse que la cohésion sociale y émergera d'un mouvement spontané des individus. En outre, une importante conséquence de cette divergence de vues est que les marxistes préconisent de prendre le pouvoir pour ensuite supprimer l'État, alors que les anarchistes veulent organiser la société par la base et rendre ainsi l'État caduc; ils refusent donc de participer aux élections, à l'inverse des marxistes. En affirmant que les hommes n'ont pas consenti à constituer une société en déléguant une grande partie de leurs pouvoirs à l'autorité suprême, la plupart des théoriciens anarchistes se réfèrent à un état originel qui aurait été brisé par l'institution de l'État.
Aussi les anarchistes condamnent-ils sans appel la nature répressive et la structure pyramidale de l'État, ainsi que son rôle de conservateur de l'ordre économique existant. La question des modalités de l'abolition de l'État fut au cœur des dissensions internes à l'Association internationale des travailleurs (AIT) ou Ire Internationale; le 15 septembre 1872, lors du congrès de La Haye, les partisans de l'abolition immédiate de l'État – Bakounine, James Guillaume, Adhémar Schwitzguébel… – furent exclus de l'AIT et décidèrent de convoquer un congrès extraordinaire en Suisse, à Saint-Imier, où naquit l'Internationale anti-autoritaire; c'est l'acte de naissance de l'anarchisme – on disait à l'époque « collectivisme anarchiste » – en tant que courant politique organisé.
Anarchisme individualiste et anarchisme communiste
Les courants de pensée anarchistes sont divers, et parfois même divergents sur certains points. Ainsi, l'individualisme sans concession de Stirner est-il critiqué, voire rejeté, par nombre d'anarchistes, notamment dans les rangs anarcho-syndicalistes. À l'inverse, les individualistes récusent toute idée d'organisation, idée pourtant chère à Proudhon ou à Bakounine.
L'individu et l'association chez Stirner
Max Stirner (1806-1856) inaugure l'un des deux courants majeurs de l'anarchisme. Il publie en 1844 un livre qui cause un vif scandale parmi les cercles d'hégéliens, l'Unique et sa propriété. L'Unique, c'est le Moi, l'égoïste, c'est-à-dire l'individu qui, pleinement conscient de s'opposer tant à Dieu qu'à l'Homme, se réalise dans la jouissance: « Jouir de la vie, c'est la dévorer et la détruire. » Stirner oppose l'association des individus à l'État et à la société: l'association résulte de la libre volonté, alors que la société est pure contrainte. Mais les individus ne peuvent s'associer que s'ils sont parvenus à s'émanciper des idées, des pensées, des religions, que s'ils se sont créés eux-mêmes, ne devant plus rien ni à Dieu ni à l'Homme: « Je suis le propriétaire de ma puissance, et je le suis quand je me sais Unique. Dans l'Unique, le possesseur retourne au Rien créateur dont il est sorti. » Ouvrage profondément antichrétien, l'Unique et sa propriété est l'œuvre d'un individu qui affectionne la provocation; ainsi, Stirner commence et termine son livre sur cette sentence: « Je n'ai fondé ma cause sur Rien », laquelle montre que la pensée de Stirner s'inscrit à la fois au cœur et au-delà de la dialectique.
Le mutuellisme de Proudhon
Le courant qu'incarne Pierre Joseph Proudhon (1809-1865) est différent: chez lui, l'individualisme s'estompe considérablement; il condamne l'« adoration des individus » et les projets n'envisageant aucun lien organique entre eux. Cherchant à exploiter leur force collective, Proudhon propose la création d'un système mutuelliste, dans lequel les producteurs librement associés s'offriraient des prestations réciproques, en particulier des crédits mutuels, gérés par une Banque du peuple qui supprimerait l'argent et n'aurait pas le droit de prélever des intérêts. Le mutuellisme proudhonien n'a pas seulement un caractère antiétatique, il est éminemment anticapitaliste: assimilée au vol, la propriété y est remplacée par la possession – c'est-à-dire par la détention et l'usage contractuels des moyens de production – appelée à effacer les inégalités. La Banque du peuple ne rencontra pas le succès et l'expérience fut interrompue du fait de l'incarcération de son fondateur, mais l'idée perdura, notamment avec les sociétés ouvrières de secours mutuel.
À l'abolition de l'État devra succéder un pacte de fédération conclu entre des communautés territoriales. Selon Proudhon, le fédéralisme correspond à la seule organisation sociale où « la centralisation s'effectue de bas en haut ».
Proudhon écrit, en 1849, dans ses Confessions d'un révolutionnaire : « Ce que le capital fait au travail et l'État à la liberté, l'Église, de son côté, le fait à l'esprit. […] Pour opprimer efficacement le peuple, il faut enchaîner temporairement son corps, sa volonté et sa raison. » Dans sa condamnation de la « trinité de l'absolutisme », Proudhon est l'annonciateur de Bakounine.
L'internationalisme de Bakounine
La révolution anarchiste que Mikhaïl Bakounine (1814-1876) appelle de ses vœux écarte tout compromis avec la société existante. Elle inscrit à son programme l'autogestion associée à la propriété collective des terres et des instruments de travail, exclut l'appropriation de ces moyens de production par l'État et s'attaque à toutes les contraintes sociales, voire morales. Bakounine appelle à la « destruction des États », et souhaite réaliser « la liberté de chacun par la liberté de tous ». Il rejette toute forme de patriotisme, et se montre l'un des plus fervents partisans de l'internationalisme, travaillant activement à sa concrétisation au sein de l'AIT et de l'Alliance secrète qu'il a fondée. Surtout, Bakounine consacre la plupart de son temps à l'action et à l'organisation, « l'organisation pour l'action », ainsi qu'il le préconise. Il est ainsi l'un des rares qui tentera, de l'extérieur, de porter assistance aux communards insurgés.
L'anarchisme communiste de Kropotkine
L'anarchisme communiste, selon son principal représentant Petr Kropotkine (1842-1921) – en rupture avec le communisme autoritaire et le communisme d'État, issus de la tradition jacobine –, attribue un rôle essentiel à la spontanéité des masses, mais envisage en même temps qu'elle soit appuyée par une minorité de révolutionnaires. Cette thèse, dans laquelle Bakounine voyait l'apologie de la future « bureaucratie rouge », n'est pas le seul point de discorde avec les autres courants anarchistes. Dans la « libre fédération des producteurs et des consommateurs » de Kropotkine et de ses disciples – Errico Malatesta et Élisée Reclus notamment –, le collectivisme est étendu même à la distribution des biens de consommation. « À chacun selon ses besoins », telle est la célèbre devise impliquant la suppression des salaires des travailleurs. Dans le même esprit utopiste, Kropotkine prévoit que « le travail produira beaucoup plus qu'il ne faut pour tous ». Plus naturelle que la compétition, la coopération entre les hommes connaîtra alors un nouvel élan.
Le mouvement politique
Dix ans après l'écrasement de la Commune de Paris, avec le retour des proscrits, le mouvement anarchiste, qu'incarne notamment Louise Michel (1830-1905), s'oriente dans plusieurs directions.
Terrorisme et illégalisme
Les militants anarchistes combattent avec vigueur l'institution démocratique du suffrage universel, et lorsque des heurts violents éclatent entre la police et les ouvriers pendant la crise économique de 1883-1887, certains se prononcent pour la « propagande par le fait », c'est-à-dire le recours au terrorisme individuel, qui finira par gagner de nombreux pays; il coûtera notamment la vie à l'impératrice Élisabeth d'Autriche en 1898, au roi Humbert Ier d'Italie en 1900, au président des États-Unis William McKinley en 1901… Ce déchaînement de violence aboutira à l'« illégalisme anarchiste », que nombre d'anarchistes considèrent cependant comme une forme de banditisme, et qu'illustre la « bande à Bonnot ».
Le mouvement ouvrier
La majorité des anarchistes se tourne cependant vers le mouvement ouvrier, qui se trouvera fortement imprégné de l'anarcho-syndicalisme ou du syndicalisme révolutionnaire, conduit en France par Fernand Pelloutier (1867-1901), animateur du mouvement des Bourses du travail, et par Émile Pouget (1860-1931), l'un des principaux organisateurs de la jeune Confédération générale du travail (CGT). La grève générale, inscrite dans la charte d'Amiens (1906), et le principe fédéral, permettant d'assurer l'autonomie des différents syndicats, mettent en évidence qu'à ses débuts la CGT est fortement marquée par l'anarcho-syndicalisme.
L'action libertaire au début du XXe siècle
L'école, et plus généralement l'éducation, constitue un des domaines privilégiés de l'action libertaire. Paul Robin (1837-1912), Sébastien Faure (1858-1942) et l'Espagnol Francisco Ferrer (1859-1909) s'efforcent, avec plus ou moins de succès, de créer des écoles libertaires en dehors du système scolaire officiel. Durant les deux guerres mondiales, mais surtout pendant le premier conflit, le mouvement anarchiste se divise entre partisans de l'union sacrée et pacifistes de conviction. Réunis dans l'Union anarchiste, les militants français protestent massivement à Paris, en août 1927, contre la condamnation à mort aux États-Unis de leurs camarades italiens Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, en Ukraine, Nestor Makhno (1884-1934), allié aux bolcheviks contre les troupes blanches, prend la tête d'une armée paysanne, de l'été 1918 à l'été 1921. Trahie par le pouvoir soviétique, encerclée par les blancs et l'Armée rouge, la « makhnovchtchina » est écrasée. De concert avec la Tcheka, la police politique du nouveau régime, l'Armée rouge procède, entre 1918 et 1921, à la liquidation impitoyable de tous les centres de résistance anarchiste – à Kronchtadt, l'influence des anarchistes parmi les marins était notable au moment de l'insurrection de 1921.
Dans la guerre civile espagnole
À la veille de la guerre civile espagnole (1936-1939), la puissante Confédération nationale du travail (CNT), d'obédience libertaire, compte environ 1,2 million d'adhérents. Elle est efficacement épaulée par la Fédération anarchiste ibérique (FAI). À partir du coup d'État franquiste de juillet 1936, les militants des deux fédérations mènent une lutte armée et tentent parallèlement de mettre en place une société libertaire en Catalogne, en Andalousie, au Levant et en Aragon, où ils procèdent à la collectivisation des terres et à la socialisation des usines, provoquant l'hostilité de leurs adversaires staliniens. En octobre 1936, devant la menace nationaliste sur Madrid, les anarchistes espagnols acceptent de participer au gouvernement de Front populaire et reçoivent quatre portefeuilles ministériels. Cette expérience, qui ne durera que quelques mois, est sévèrement condamnée par de nombreux militants, le Français Gaston Leval (1895-1978) n'hésitant pas à la qualifier de « collaborationnisme ». Par ailleurs, un grave conflit armé opposera les anarchistes et les communistes, à Barcelone, en mai 1937, les staliniens provoquant ainsi la dislocation du front antifasciste. Malgré le rôle clé des milices anarchistes, en particulier de la colonne dirigée par Buenaventura Durruti (1896-1936), dans des batailles capitales, la victoire de Franco met un terme aux tentatives révolutionnaires des anarchistes espagnols.
Après 1945
Décimé par les fascistes, les nazis, les franquistes, mais aussi par les communistes, le mouvement se retrouve considérablement affaibli après la Seconde Guerre mondiale. En Espagne, il renaît cependant sitôt la mort de Franco, et dès 1975, la CNT est à nouveau un syndicat puissant en Catalogne. En Italie, le mouvement anarchiste connaît aussi un renouveau dans les années 1970, et se montre actif sur les questions sociales et écologiques. En France, c'est surtout autour de la Fédération anarchiste et de son organe, le Monde libertaire , que le mouvement anarchiste sera d'abord réorganisé. Il s'assurera de la sympathie d'écrivains tels qu'André Breton, Albert Camus, et de chanteurs-poètes comme Georges Brassens, Léo Ferré ou Bernard Lavilliers. Après la campagne retentissante menée avec succès en faveur des objecteurs de conscience en 1962 par l'anarchiste pacifiste Louis Lecoin (1888-1971), la révolte étudiante de mai 1968 fut une nouvelle occasion pour le mouvement anarchiste de montrer sa vigueur, avant qu'il ne connaisse un déclin. On peut cependant signaler l'apparition d'une tendance communiste-libertaire et un renouveau timide de l'anarcho-syndicalisme.
Sur le plan de la théorie, l'anarchisme reste vivace. Citons, entre autres, la contribution de l'ethnologue Pierre Clastres à la critique de l'État, qui en a renouvelé l'approche; Clastres affirme que c'est « l'émergence de l'État qui détermine l'apparition des classes », d'où la nécessaire abolition immédiate de l'État pour réaliser la société égalitaire. Ainsi, et depuis l'émergence de ce courant, l'anarchisme continue à nourrir la pensée utopique contemporaine; les thèmes que développent de nos jours, entre autres, les écologistes, les végétariens ou les pacifistes avaient en effet déjà été exprimés par les anarchistes dans la première moitié du XIXe siècle – par exemple par les « naturiens » –, et la force de l'anarchisme, qui ne constitue pas un parti, tient d'abord dans ce foisonnement d'idées.